Originaire de Huttwil. Née Berthe-Marie Fiechter le 29 avril 1896 à Villeret. Décédée le 14 septembre 1971 à Bienne des suites d’une longue et pénible maladie ; inhumée à Lausanne. Fille de Jacob1 et Marie Lisa née Ramseyer, sœur de Marguerite (« Guise »), Maurice et Jacques-René. Célibataire.
Elle s’impose comme l’une des premières femmes à diriger et surtout à posséder une entreprise horlogère en Suisse, la fabrique puis manufacture Rayville SA, successeure de la maison Blancpain.
Scolarité à Villeret, puis études à l’Ecole de commerce de St-Imier dès 1912, comprenant en parallèle un apprentissage qu’elle effectue chez Blancpain. Voyage linguistique en Angleterre au début des années 1920.
Sa formation terminée, elle entre au service de Blancpain en 1915. Sa personnalité, son intelligence, sa capacité de travail et son sens des affaires lui permettent de rapidement s’imposer. Elle devient l’assistante de Frédéric-Émile Blancpain, qui la forme, et elle participe peu à peu à la direction de l’entreprise, qu’elle gère en l’absence de son mentor bien qu’elle ne soit officiellement nommée fondée de pouvoir qu’en 1931. Lorsque survient le décès inattendu de ce dernier en 1932, sa fille Berthe-Nellie de Cérenville-Blancpain ne souhaite pas reprendre l’entreprise familiale et la vend aux deux plus proches collaborateurs de son père, Betty Fiechter et André Léal2, un homme d’affaires français engagé dans les années 1920 par Blancpain pour représenter la maison à l’extérieur et s’occuper des ventes, notamment en France, en Grande-Bretagne, en Italie et aux USA. Ces années voient aussi le développement très tôt des premiers mouvements de montres automatiques, que ce soit en lien avec l’inventeur anglais John Harwood, dès 1926, ou l’obtention de l’exploitation du brevet de la maison Léon Hatot SA dès 1930 pour la fabrication des montres Rolls.
L'année 1933 marque donc un tournant décisif et Betty Fiechter reprend l’entreprise avec André Léal et l’aide de son père Jacob Fiechter, puisque ce dernier siège au conseil d’administration jusqu’à son décès3, conseil de 3 membres présidé par le partenaire français résidant à Paris. La société dirigée par André Léal et Betty Fiechter est rebaptisée Fabrique d’horlogerie Rayville SA4.
En 1937, elle entre au conseil d’administration de la Gruen Watch Mfg. Co. à Bienne, fabrique suisse de l’entreprise de montres américaine Gruen Watch Co., position dont elle se retire en 1946. La collaboration étroite entre Rayville et Gruen Watch consistait essentiellement dans la livraison de mouvements pour montres dames, la montre Blancpain étant parallèlement très appréciée dans la joaillerie aux USA.
Betty Fiechter dirige son entreprise industrielle d’une main de maître et surmonte crises et coups du sort, notamment lorsque son associé André Léal décède soudainement à Lausanne en 1939. Restée seule à la tête de l’entreprise, Betty Fiechter adopte une stratégie de spécialisation dans les montres et mouvements destinés aux femmes, un pari gagnant.
Dans les années 1950, atteinte pour la première fois dans sa santé (un cancer lui est diagnostiqué), elle fait appel à son neveu Jean-Jacques Fiechter pour la seconder dans l’entreprise, dont elle garde la tête. Il devient son assistant, elle le forme et l’associe peu à peu à la direction de l’entreprise : fondé de procuration en 1952, membre du conseil d’administration et directeur de la fabrique en 1954, tandis que dans le même mouvement, Berthe-Marie Fiechter prend la présidente du conseil d’administration de Rayville, poste qu’elle occupera jusqu’à sa mort, son bras droit ne lui succédant à ce poste qu’en 1972. En 1960, elle fonde Fiechter & Cie, à Pully, avec son neveu, une société en nom collectif pour l’étude, la mise au point, la vente et la représentation de nouveautés dans le domaine du sport et de la mécanique de précision. Puis en 1961, la Manufacture d’horlogerie Rayville SA Montres Blancpain (raison sociale depuis 1958) est rachetée, après négociation, par la Société suisse pour l’industrie horlogère (SSIH) dont Betty Fiechter intègre le CA (1962) ainsi que le comité directeur, organe exécutif du groupe au sein duquel elle siège jusqu’à sa réorganisation en 1969, tout en continuant de tenir les rênes de la manufacture de Villeret. Elle n’abandonne la direction opérationnelle de la Manufacture d’horlogerie Rayville SA Montre Blancpain que fin 1968, son neveu étant nommé directeur général en juin pour la remplacer.
Parmi les garde-temps les plus connues fabriqués dès les années 1950 figurent le mouvement rond le plus petit du monde (1952, 5 lignes soit 11.85 mm), la célèbre montre de plongée Fifty Fathoms (1953) et la montre pour femme Ladybird (1956), dont l’actrice Marilyn Monroe aurait porté l’une des premières versions.
Betty Fiechter a toujours eu une fibre humaniste. En 1915, elle devient ainsi marraine de guerre de deux poilus et entretient une correspondance avec l’un d’eux jusqu’en 1920. Plus tard, lorsqu’elle sera patronne, elle met sur pied divers initiatives en faveur de son personnel, à l’exemple du « Square Rayville », un espace récréatif où les enfants de ses employé-e-s pouvaient jouer en toute sécurité, ou encore le Fonds de prévoyance du personnel de Rayville SA (1942) dont elle préside le comité, permettant ainsi de faire profiter ses employés de la bonne marche des affaires. Dans la même veine, elle a aussi fait profiter son village, la paroisse, l’école, les sociétés locales et certains villageois de ses libéralités discrètes. Signe de l’attachement à sa région, elle adhère à la Société jurassienne d’émulation (SJE, section Erguël) durant l’année 1946-1947 et ne déplacera son adresse officielle à Pully qu’au début des années 1960. Elle lègue au village de Villeret une parcelle de terrain située aux Planches et sur laquelle sera érigé plus tard un monument commémoratif en son honneur. En 2022, une seconde statue à son effigie est inaugurée sur la place devant l’école de Villeret.
Notes
- ↑ Jacob Fiechter (1866-1942) est dit avoir possédé et dirigé, avec sa sœur, l’atelier – parfois décrit comme manufacture – d’ébauche compliquées Eugène Rahm à Villeret, et ceci jusqu’à la Grande Guerre. L’entreprise Blancpain l’aurait alors rachetée et absorbée en 1914, date la plus communément citée. La FOSC est beaucoup moins prolixe à ce sujet et ne permets pas d’éclaircir totalement ce mystère : la maison Eugène Rahm, créée en 1899 par son directeur éponyme, est radiée en 1919 suite au départ de son chef. Le rachat a-t-il eu lieu à cette date ? C’est possible, mais ni Fiechter ni Blancpain ne sont jamais nommés en lien avec cette entreprise.
- ↑ D’après la correspondance de Betty Fiechter, Léal est un aide de camp français dont elle fait la connaissance au Mont-Soleil où avaient séjourné des internés de guerre. C’est dans ce contexte qu’a lieu leur rencontre, Betty Fiechter donnant de son temps auprès des soldats français blessés hospitalisés à Saint-Imier.
- ↑ Bien qu’il ne soit radié qu’en 1952, sic ! Au moment de son décès, il était domicilié à Pully.
- ↑ Rayville, un nom à consonance et orthographe résolument anglo-saxonne, comme les débouchés majoritaires de l’entreprise horlogère, est l’anagramme phonétique de Villeret. En raison de la législation suisse sur les raisons sociales, l’entreprise perd le droit d’utiliser le nom « Blancpain » puisque plus aucun membre de la famille n'en fait partie. Pour s'assurer du nom de marque, « Blancpain » est à nouveau déposé en 1934.
Auteur·trice du texte original: Alice Dumon, Philippe Hebeisen et Nathalie Wüthrich, 10/03/2026
Fonds d’archives
Mémoires d'Ici (St-Imier), CH MDI, Jean-Jacques Fiechter, Correspondance Betty Fiechter (1915-1920) ; CH MDI, Jean-Jacques Fiechter, JRF privé 1.14 Décès de Jacob Fiechter
Archives Blancpain (Paudex, CH-BLP), Acte de constitution de Rayville S.A., procès-verbal, 5 juillet 1933 ; Lettre de Nellie Blancpain à Betty Fiechter, Lausanne, 1933, manuscrit, 2 pages
Bibliographie
Littérature secondaire
- Jean-Jacques Fiechter, « Les Blancpain de Villeret, maîtres horlogers », in Claude Blancpain, La famille Blancpain, 1994, pp. 87-106, spéc. 98 sq.
- Marco Richon, Omega Saga, Bienne : Fondation Adrien Brandt en faveur du patrimoine Omega, 1998, pp. 39-50
Presse
- Feuille officielle suisse du commerce (FOSC), n° 118, 19.05.1919, p. 853 ; 302, 29.12.1931, p. 2794 ; 164, 17.07.1933, p. 1739 ; 125, 1er juin 1934, p. 1478 ; 217, 17 novembre 1937, p. 2122 ; 16, 20 janvier 1941, p. 130 ; 209, 9 septembre 1942, p. 2038 ; 225, 26 septembre 1946, p. 2818 ; 46, 25 février 1952, p. 523 ; 133, 11 juin 1954, p. 1506 ; 153, 5 juillet 1954, p. 1738 ; 173, 27 juillet 1960, p. 2234 ; 113, 16 juin 1962, p. 1446 ; 154, 4 juillet 1968, p. 1452 ; 206, 4 septembre 1969, p. 2040 ; 66, 18 mars 1972, p. 706 ; 96, 25 avril 1972, p. 1040
- Le Jura bernois, 15 septembre 1971 ; 16 (nécrologie, nom mal orthographié en Fichter)
- Le Journal du Jura, 15 et 18 septembre 1971 (nécrologie, nom mal orthographié en Fichter) ; 29 décembre 1921
- L'Impartial, 15 et 16 septembre 1971 (nécrologie, nom mal orthographié en Fichter)
- FAN - L'express, 25 septembre 1971
- La Sentinelle, 11 janvier 1943
- Le Figaro, 21 mars 1939
- Le Petit bleu de Paris, 22 mars 1939 (décès d’André Léal)
Autres sources
- Actes de la Société jurassienne d'émulation, 51, 1947 [1948], p. 417 ; 79, 1976 [1976], p. 339
- Mémoires d’Ici, Rapport annuel, 2024, p. 6
Sites internet et articles en ligne
- Jeffry S. Kingston, « UNE FEMME d’envergure », Lettres du Brassus, n° 21, chapitre 2, s.d., p. 28-40 (consulté le 12.01.2026)
- www.sta.be.ch (5.3.2026)
Suggestion de citation
Alice Dumon, Philippe Hebeisen et Nathalie Wüthrich, «Fiechter, Betty (1896-1971)», Dictionnaire du Jura (DIJU), https://dictionnaire-du-jura.ch/f/notices/detail/1004054-fiechter-betty-1896-1971, consulté le 01/04/2026.



